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LLA LITTERATURE CONGOLAISE

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Du Congo, comme dans la plupart des pays africains occupés par les forces coloniales de l'hexagone à la fin du siècle dernier, la langue française ne s'est implantée que très lentement et l'apparition d'une littérature écrite d'expression française - qui s'est développée parallèlement à une littérature en langues congolaises, souvent ignorée - est récente. Quelques rares écrits de caractère littéraire remontent aux années d'avant guerre, (ceux de Tchicaya de Boempire (1937) ou de Dadet Damongo par exemple) mais c'est Jean Malonga que l'on considère souvent comme le doyen des écrivains congolais, en partie parce qu'on lui doit une des premières œuvres littéraires congolaises: Cœur d'Aryenne, publiée en 1954, et en partie parce qu'il a su ouvrir une voie originale en marge du courant de la Négritude. Dans son excellent Survol de la littérature congolaise, l'auteur et critique littéraire Jean-Baptiste Tati-Loutard souligne l'élan donné à la littérature congolaise par la revue Liaison. Ce journal qui a paru pendant dix ans (de 1950 à 1960) fut, dit-il, "un véritable terrain d'exercice pour les intellectuels des années 1950". Parmi ces derniers on peut citer Jean Malonga, Patrice Lhoni, Tchicaya U tam'Si, Sylvain Bemba, Guy Menga, Martial Sinda et d'autres.
Après les Indépendences, quelques nouveaux auteurs émergent aux côtés des anciens, mais c'est surtout l'élargissement du champ littéraire et les succès de Guy Menga dans le domaine du théâtre qui marquent cette époque. Au cours des années 1970 plusieurs auteurs vont faire leur entrée dans la littérature congolaise. Parmi les plus connus, on relèvera Makouta-Mboukou, Henri Lopès, Emmanuel Dongala, Tchichelle Tchivela ou encore Sony Labou Tansi, c'est-à-dire autant d'auteurs qui atteindront une renommée internationale au cours des décennies suivantes. Au début du XXIème siècle, la littérature congolaise connaît de nouveaux succès avec, entre autres, Alain Mabanckou, mais elle devient plus diasporique car plusieurs écrivains ont dû s'expatrier en Europe ou en Amérique pour des raisons politiques ou économiques.
L'arrivée des femmes sur la scène littéraire ne remonte guère au-delà des années 1970, époque à laquelle Paule Etoumba publie une petite plaquette de poèmes intitulée Un mot fracasse un avenir (Paris: Oswald,1971). En 1980, les poètesse
Amélia Néné et Marie-Léontine Tsibinda réaffirment la présence des femmes dans le domaine littéraire et "ouvrent la voie à d'autres prises de paroles": celle de la religieuse Brigitte Yengo qui publie son autobiographie l'année suivante; celle de la poétesse Cécile-Ivelyse Diamoneka ou encore celle de >Jeannette Balou-Tchichelle et de Francine Laurans qui se lancent dans l'aventure romanesque. Au cours de ces dix dernières années, plusieurs nouvelles écrivaines ont contribué à l'élargissement de la littérature congolaise en publiant des articles et des textes touchant à tous les genres : les contes d'Adèle Caby-Livannah, les nouvelles de Ghislaine Sathoud, les chroniques de Binéka Danièle Lissouba, les romans de Noëlle Bizi Bazouma, Aleth Felix-Tchicaya, Marie-Louise Abia et Flore Hazoumé (qui est Congolaise par sa mère mais qui habite depuis le début des années 1980 en Côte d'Ivoire). Deux autobiographies qui éclairent le Congo des années 1960 d'une manière intéressante sont aussi à signaler : celles de Mambou Aimée Gnali (2001) et de Marceline Fila Matsocota (2003).

 

Tchicaya U Tamsi

Longtemps nous nous sommes réjouis de nos Lettres congolaises, proclamant à l’Afrique entière que le Congo-Brazzaville couvait une mine d’écrivains. A coté de l’or noir, nous pouvions donc compter sur « l’encre

Sony Labou Tansi

noire ». Nous n’avions pas tort puisque la liste des auteurs demeure prestigieuse : Sony Labou Tansi, Henri Lopes, Emmanuel Dongala, Sylvain Bemba, Guy Menga, Tchicaya U Tamsi, Taty Loutard, Tchitchellé Tchivela etc.

Henri Lopes

Notre réputation était telle qu’un jour Madame Christiane Diop, la directrice des Editions Présence Africaine ( Paris ), me lança lorsque je lui remis le manuscrit de mon premier roman « Bleu-Blanc-Rouge » paru en 1998 :
 Encore un Congolais ! Mais pourquoi donc vous autres Congolais écrivez beaucoup ? Comme je ne répondais pas, elle lâcha, ironique :
 Je vois, c’est sans doute à cause du fleuve et de la mer !

Derrière cette boutade, je vis plusieurs interrogations. S’il ne suffisait que du fleuve et de la mer ! Beaucoup de contrées ont en effet à la fois ces deux éléments naturels, cela n’a jamais fait d’elles automatiquement de grandes nations de littérature. Et d’ailleurs, plusieurs pays enclavés dans le désert nous donnent des écrivains de grande envergure.

Emmanuel Dongala

Nous avions eu la chance d’avoir des fers de lance, des précurseurs qui ont fait de la littérature leur raison de vivre. De sorte que la jeunesse a toujours intégré la question de l’écriture dans ses préoccupations. C’est ce qui explique sans doute la prolifération des écrivains en herbe - j’ai reçu plus de cent manuscrits lors de mon séjour au Congo en 2002 -. Il y a aussi ces associations d’écrivains et artistes - associations dont les présidents sont le plus souvent moins talentueux que leurs adhérents ! A-t-on besoin d’enfermer les écrivains dans une sorte de cathédrale où les questions de pouvoir, de leadership l’emporteraient sur celles de la création ? L’écriture, là aussi, relève de la rébellion, de l’effraction. On ne fait pas de la littérature en masse, comme des moutons de Panurge ou par coup de décrets ou de dépôt des statuts à la préfecture la plus proche du domicile du président d’une association.

On me parlera des différents affrontements connus par notre pays. Voyons ! Les guerres civiles qui ont embrasé le Congo ne sauraient expliquer le tarissement actuel de la création littéraire congolaise. Ce ne sont pas les essais politiques creux et injurieux que certains écrivaillons du dimanche commettent qui me feraient croire que notre pays excelle encore en littérature. Il est facile d’aligner des insultes, mais difficile d’inventer un univers. Lorsque ces écrivaillons auront la hauteur du Discours sur le colonialisme d’Aimé Césaire ou de La prochaine fois le feu de James Baldwin, nous pourrons alors les applaudir même des pieds !

Les dictatures, les affrontement ethniques, les champs de guerre ont paradoxalement accouché d’œuvres sublimes ailleurs. Regardons l’Amérique du Sud, les écrivains comme Asturias, Vargas Llosa ou Garcia Marquez. Les plus beaux poèmes d’Aragon ont été écrits pendant la guerre, de même ceux de Prévert... Maxime Ndebeka n’aura jamais été aussi magistral que dans ses écrits commis pendant son incarcération. Qui ne se souvient pas de son célèbre poème 980.000 nous sommes ?...

Le Togo compte désormais des écrivains talentueux comme Sami Tchak, Kossi Efoui, Kangni Alem. On ne pourrait pas dire que ces jeunes aient reçu en récompense des bonbons glacés du ministère de la culture à l’époque d’Eyadema ! Ils ont ressenti la nécessité d’inscrire à l’encre indélébile les contours de leur création, et de faire ainsi des œuvres singulières qui propulsent tout d’un coup leur Nation parmi celles qui comptent en littérature dans notre continent.

Le Congo ? Il serait illusoire de compter sur une gloire passée, de dormir sur nos lauriers en nous astiquant le nombril avant d’éructer au petit matin avec le chant du coq. En littérature il n’y a pas de grade pour les anciens tirailleurs ou les vétérans du Vietnam. Les médailles n’apportent rien en la matière. C’est en empruntant les chemins de l’idéologie et de la démagogie que nous autres auteurs avons contribué à anesthésier nos Lettres et à ne plus offrir aux héritiers un projet littéraire digne de ce nom. La crise de la littérature congolaise doit être imputée à l’écrivain congolais lui-même. Il tourne en rond, parade, caquète, se vautre dans une paresse de gastéropode et ne voit pas le cours des choses arpenter d’autres directions.

Comment donc y remédier ? En écrivant autrement. En questionnant sans cesse le texte, l’univers. En disséquant nos anciens, crayon à la main. En regardant surtout ce qui se fait ailleurs, pas forcément dans nos 342.000 kilomètres carrés coupés en deux par l’Equateur.

Comme le penserait Boniface Mongo-Mboussa ( en photo ci-dessus ), la littérature de demain sera celle de l’ouverture, de la confrontation avec d’autres univers. Il s’agit désormais d’apporter la touche congolaise au grand plat que nous offre l’éclatement du monde. Or le monde change, mais l’écrivain congolais est immobile, il se cabre, hésite à enjamber le fleuve, à traverser la mer, à prendre le premier navire. Et c’est ainsi qu’il perpétue la crise...



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