Son origine,
selon des anthropologues et des sociologues, qui l’ont
étudié sous toutes les
coutures, remonte à l’époque coloniale.
La région du Pool en serait le berceau.
"C’est une tradition qui se perpétue
d’une génération à
l’autre. Mon père
était comme ça, mon grand père aussi.
Nous ne pouvons qu’être comme eux. Si
nous avons acquis cette mentalité, c’est parce que
nos parents et
grands-parents travaillaient chez les Blancs. Les Blancs
s’habillaient bien. Et
eux, ils les ont imités. Lorsque les Blancs sont partis, ils
ont continué à
s’habiller comme eux. Nous les enfants nous avons
hérité de cette
culture".
La sape est une
vieille passion congolaise, en particulier des Laris (ethnie originaire
de la
région du Pool) habitant Bacongo, le
quartier sud de la ville. Le
phénomène a
essaimé dans certains pays d’Afrique de
l’Ouest
et du Centre comme la RDCvoisine
où cette élégance tapageuse est
souvent l’apanage de vrais ou faux
musiciens exilés la plupart du
temps en
Europe.
la sape est par-dessus tout
le culte et le sens du beau.et
puisque le" beau plaît universellement”, il est
fort tentant de
le recevoir,
surtout lorsque l’attirail émane du colonisateur,
considéré à une
époque malheureusement comme un
être supérieur.
Aujourd’hui,
cette
mode touche essentiellement des jeunes, mais certains
présidents, ministres, chefs de parti et
intellectuels n’ont pas
échappé au
courant.Pour
le reste, quand un
« grand prêtre »
« parisien »,
qui revient de France,
« a la gentillesse de
te prêter ou de te refiler un costume, une chemise ou
des chaussures, c'est une
aubaine ». Les hommes politiques et les journalistes
français restent les sources
d'inspiration. L'occasion, non pas d'écouter les
informations, mais de
prendre note des dernières tendances. Et tous de
commenter
l'élégance de leurs
idoles ! Des revues, comme les romans photos
ou «l'Eternel
masculin », sont
d'autres sources d'inspiration.
Le nec plus ultra est
la griffe. En vogue, les
marques Arthur
and Fox, Alden, Thierry Muggler, Lord's, Alain
Figaré, Cerutti,
Yamamoto, Daniel hechter, John Foster, John Lobb Ou JM Weston et autres.
Il
faut connaître l’harmonie, savoir marier les
couleurs, Un savoir qui différencie le sapeur d'un homme
politique, vêtu
classique, ou d'un branché, qui
préfère les baskets, le tee-shirt et le
blouson. Pour ne pas être taxé de
« polar » ou de
« ngaya »,
c'est-à-dire de
« non-connaisseur », un
ambianceur doit porter le costume ou bien un demi-dakar. Si le
dépareillé est
admis - pourquoi pas un jean et un blazer pourvu que ce soit
élégant, et
surtout l’habillement en trois pièces.
Très
prisé le costume
, mais aussi le
costume surmonté, avec poches plaquées ou
non. Avec ses
costumes à fentes de 30 cm,
Balladur, l'ex-Premier
ministre français a, sans le savoir,
lance la mode
« fente
Balladur ». Bien pratique puisque cela permet de
mettre aisément la main
dans la poche. Quelle que soit la
tenue, l'harmonie des couleurs est
primordiale, mais attention à ne jamais porter
plus de quatre
couleurs !
Chaque temps a sa symbolique.
Le
rouge évoque la
combativité, le blanc la paix, le bleu l'entente et la
séduction et le violet la spiritualité.
L'accessoire est tout
aussi important
que l'habit. Outre l'indispensable chemise, à col
cassé,
écarté ou italien,
c'est selon, il faut impérativement porter la cravate ou le
nœud papillon,
voire la lavallière. Sans oublier la
pochette, assortie à la chemise, la
ceinture, la montre, les bretelles, les lunettes,
les boutons de manchette, le
cigare... Indispensable aussi le teint « jaune
papaye », qui fait
ressortir le noir de la chevelure, coupée le plus ras
possible.
Ces
regroupements
centralisés et
mouvementés sont pour les brazzavillois ce que sont les
defilés de hautes coutures des capitales occidentales.Des
rendez-vous
incourtables et riche en couleurs Avec toutefois une
différence. Au
Congo, ces scènes populaires sont l'expression
d'une
culture urbaine où
s'élaborent de nouveaux repères et de nouveaux
codes de conduite, parmi lesquels la
non-violence, l'élégance et le savoir-vivre
tiennent une place de
choix. Elles traduisent le désir, des jeunes notamment,de ne
pas être
les
delaissés- pour-compte de la société.
Tant qu’il ya
l’habit et le beau, la sape aura toujours des
hérauts et des héros pour
perpétuer le geste de ceux qui ont le sens, le temps,
l’audace, la joie et le
génie d’écouter danser la musique
douce de leur corps.